Passés

Exposition Photos, poésie en musique et concerts du groupe GINKGO et de LYLO
Le 2 août 2021 au boulodrome de Saint-Fons (Voir le programme)

 

REPUBLIQUE et DEMOCRATIE

Mardi 11 mai 2021 à 18 h 30

Un certain nombre de penseurs contemporains constatent que notre démocratie est malade : Frédéric WORMS Les maladies chroniques de la démocratie, Cynthia FLEURY Les pathologies de la démocratie, crise de la démocratie selon Marcel GAUCHET, Pierre ROSANVALLON et plus récemment crise de la démocratie sanitaire. Plus fondamentalement, l’effet durable des lois d’exception depuis 1983 sur le régime démocratique montre que la crise n’est pas que le caractère paradoxal de ce régime politique (« la démocratie est le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres » selon Winston CHURCHILL) mais correspond à étiolement, un dépérissement. Les lois d’exception minent la valeur même de la représentation dans un régime de démocratie représentative. La faiblesse de la participation à toutes les élections en est le symptôme le plus manifeste.

Qu’est-ce que l’histoire de la philosophie politique peut apporter pour comprendre cette maladie du politique et quels éléments peuvent faire partie d’une action thérapeutique ?

Il y a la leçon étymologique de la Grèce classique : le peuple est laos, le peuple en armes et il est démos, le peuple assemblé. ARISTOTE pointe le premier écueil : dans certaines constitutions, « il n’y a pas de peuple : on n’a pas coutume de tenir une assemblée ». D’emblée la Grèce nous fournit deux modes de faire l’unité d’un peuple : le mode militaire et le mode démocratique au sens où le peuple réuni en assemblée délibère sur la constitution. PLATON l’athénien citoyen pourfendeur de la démocratie et ARISTOTE, le non athénien et non-citoyen promoteur de la démocratie, s’opposent. 

Il y a la leçon de la Rome républicaine et impériale : lorsque CICERON eut à traduire l’œuvre de PLATON, il proposa res publica pour politéia (politique). C’est un tout au sens qu’il confère alors au politique. La chose commune, pour les Romains, définit le domaine de ce qui relevait de droits dont aucun sujet de droit en particulier n’est détenteur, par opposition aux domaines d’appropriation des personnes privées ou des associations partielles. Les Romains caractérisent la communauté politique ni par le lieu, ni par la cité, mais comme ce domaine de droit public dont les citoyens romains sont tous ensemble détenteurs. Les détenteurs de ces droits communs peuvent être multipliés sans limite, puisqu’ils étaient définis par la détention de tels droits et non l’inverse. On n’est pas citoyen parce que romain, on est romain parce qu’ayant le statut de citoyen. La civilisation romaine ne voit pas la démocratie grecque, c’est tout au plus un anachronisme.

Les deux textes qui suivent peuvent nous permettre de comprendre quels problèmes et quelles contradictions sont condensés dans l’article 1 de la Constitution française de 1958 :

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. »

ARISTOTE Les Politiques Livre VI chapitre II

« Le principe de base de la constitution démocratique c’est la liberté (c’est en effet ce qu’on a coutume de dire, parce que c’est seulement dans une telle constitution que les citoyens ont la liberté en partage ; c’est à cela, en effet, que tend, dit-on, toute démocratie). Et l’une des formes de la liberté c’est d’être tour à tour gouverné et gouvernant. En effet le juste, selon la conception démocratique, c’est que chacun ait une part égale numériquement et non selon le mérite, et avec une telle conception du juste, il est nécessaire que la masse soit souveraine, et ce qui semble bon à la majorité sera quelque chose d’indépassable, et c’est en cela que sera le juste, car ils disent qu’il faut que chaque citoyen ait une part égale. De sorte que dans les démocraties il se trouve que les gens modestes ont la souveraineté sur les gens aisés ; ils sont en effet plus nombreux, et c’est l’opinion de la majorité qui est souveraine. Tel est donc un signe de la liberté que tous les partisans de la démocratie posent comme caractéristique de cette constitution.

Un autre signe, c’est de vivre comme on veut, car, disent-ils, tel est l’effet de la liberté, étant donné que la servitude qui c’est de vivre comme on ne veut pas. Voilà donc la seconde caractéristique de la démocratie. De là est venue la revendication de n’être, au mieux, gouverné par personne, ou sinon de l’être à tour de rôle. Et cela va dans le sens de la liberté fondée sur l’égalité. Ces bases étant posées, c’est-à-dire le principe de la démocratie étant celui qu’on vient de dire, voici les traits caractéristiques du régime populaire : choix de tous les magistrats parmi tous les citoyens ; gouvernement de chacun par tous et de tous par chacun à tour de rôle ; tirage au sort des magistratures, soit de toutes, soit de toutes celles qui ne demandent ni expérience ni savoir ; magistratures ne dépendant d’aucun cens ou d’un cens très petit ; impossibilité pour un même citoyen d’exercer, en dehors des fonctions militaires, deux fois la même magistrature, ou seulement un petit nombre de fois et pour un petit nombre de magistratures ; courte durée des magistrature, soit toutes, soit toutes celles pour lesquelles c’est possible ; fonction judiciaire ouverte à tous, tous jugeant de tout, ou des causes les plus nombreuses, les plus importantes et les plus décisives, par exemple la vérification des comptes, les affaires politiques, les contrats privés ; souveraineté de l’assemblée dans tous les domaines, aucune magistrature ne l’emportant en aucun domaine, ou seulement en très peu de domaines, ou souveraineté de l’assemblée sur les affaires les plus importantes (…). De plus, puisqu’une oligarchie se fonde sur la naissance, la richesse, l’éducation, les caractéristiques du régime populaire semblent être le contraire de ceci : basse naissance, pauvreté, grossièreté (…). Telles sont les caractéristiques communes aux démocraties. »

KANT oppose radicalement la République à la démocratie. Projet de paix perpétuelle, Deuxième section, Ier article définitif « Pour éviter de confondre la constitution républicaine avec la constitution démocratique, comme on le fait communément, il faut faire les remarques suivantes.

Les formes d’un État (civitas) peuvent être divisées soit d’après la distinction entre les personnes qui détiennent la souveraineté, soit d’après la manière dont un peuple est gouverné par son souverain, quel qu’il soit. La première s’appelle proprement forme de domination (forma imperii), et il ne peut y en avoir que trois : ou bien le pouvoir est détenu par un seul, ou bien par quelques-uns qui se sont alliés entre eux, ou bien par tous ceux qui forment la société civile (autocratie, aristocratie ou démocratie, pouvoir du prince, pouvoir de la de la noblesse, pouvoir du peuple). La seconde est la forme du gouvernement (forma regiminis). Elle se rapporte à la manière […] dont l’État use de son pouvoir absolu. A cet égard, elle est ou bien républicaine, ou bien despotique. Le républicanisme est le principe politique qui admet la séparation du pouvoir exécutif (gouvernement) et du pouvoir législatif ; le despotisme exécute de sa propre autorité les lois qu’il a édictées lui-même […].

Parmi ces trois formes d’État, la forme démocratique, au sens propre du mot, est nécessairement despotique […]. Et, bien que les deux autres constitutions politiques soient toujours défectueuses en ceci qu’elles permettent un pareil mode de gouvernement, il leur est cependant possible d’admettre un mode de gouvernement conforme à l’esprit d’un système représentatif [par définition républicain]; c’est ainsi que Frédéric II disait du moins qu’il n’était que le serviteur le plus haut placé de l’État ; mais c’est chose au contraire impossible dans un régime démocratique parce que chacun veut y être le maître. »

 


Atelier de philosophie du mardi 6 avril 2021 à 18 h 30 par visioconférence.

Notez que la date a été avancée d’une semaine.

Notre réflexion portera sur Démocratie et République.

Yvette nous proposera un cadre théorique et les problématiques qui sont liées.

Gisèle nous fera part de son expérience de démocratie participative quand elle était élue au Conseil municipal.

Si vous voulez participer, cliquez sur le lien suivant : https://meet.jit.si/PhiloStFons

En attendant je vous livre la réflexion de BLANQUI Louis Auguste, Lettre à MAILLARD Belle-Île 6 juin 1852

« Vous déplorez la division de la démocratie. Si par là vous entendez les haines personnelles, les jalousies, les rivalités d’ambition, je me joins à vous pour les flétrir, elles sont un des fléaux de notre cause ; mais remarquez que ce n’est pas une plaie spéciale au parti, nos adversaires de toutes couleurs en souffrent comme nous. Elles n’éclatent plus bruyamment dans nos rangs que par suite du caractère plus expansif, des mœurs plus ouvertes du monde démocratique. Ces luttes individuelles, d’ailleurs, tiennent à l’infirmité humaine ; il faut s’y résigner et prendre les hommes tels qu’ils sont. S’emporter contre un défaut de nature, c’est de la puérilité, sinon de la sottise. Les esprits fermes savent naviguer au travers de ces obstacles qu’il n’est donné à personne de supprimer, et qu’il est possible à tous d’éviter ou de franchir. (…)

Vous me dites : je ne suis ni bourgeois, ni prolétaire, je suis un Démocrate. Gare les mots sans définition, c’est l’instrument favori des intrigants. Je sais bien ce que vous êtes, je le vois clairement par quelques passages de votre lettre. Mais vous mettez sur votre opinion une étiquette fausse, une étiquette empruntée à la phraséologie des escamoteurs, ce qui ne m’empêche pas de démêler parfaitement que vous et moi avons les mêmes idées, les mêmes vues, fort peu conformes à celles des intrigants. Ce sont eux qui ont inventé ce bel aphorisme : ni prolétaire, ni bourgeois ! mais démocrate. Qu’est-ce donc qu’un démocrate, je vous prie ? C’est là un mot vague, banal, sans acception précise, un mot en caoutchouc. Quelle opinion ne parviendrait pas à se loger sous cette enseigne ? Tout le monde se prétend démocrate, surtout les aristocrates. Ne savez-vous pas que M. Guizot est démocrate ? Les roués se complaisent dans ce vague qui fait leur compte ; ils ont horreur des points sur les i. Voilà pourquoi ils proscrivent les termes : prolétaires et bourgeois. »

Je vous exprime cette proposition paradoxale :

Proposition 1 : Il faut se soucier de la démocratie.

Scolie : La démocratie relève d’un régime performatif. Examinez le schéma que j’ai conçu pour synthétiser les notions mises en jeu par HABERMAS dans Droit et démocratie – Entre faits et normes. La démocratie est sous le diktat du COMM-UN de la République et le double diktat du capital et de la multiplicité des intérêts individuels. La démocratie est un compromis voire une compromission de gouvernementalité entre ces deux diktats.

 


Atelier de philosophie du mardi 9 mars 2021 à 18 h 30 par visioconférence.

Il débattra sur la question suivante : l’école laïque française est-elle exemplaire ?

Si vous voulez participer, faîtes-vous d’une part connaître en m’envoyant un mail à christian.guyondeche@hotmail.fr (il vous sera dressé un dossier de préparation) et d’autre part cliquez sur le lien suivant : https://meet.jit.si/PhiloStFons

Nicolas de CONDORCET 1743-1794

Mémoires sur l’instruction publique Garnier-Flammarion p 61-63

« Généreux amis de l’égalité, de la liberté, réunissez-vous pour obtenir de la puissance publique une instruction qui rende la raison populaire, ou craignez de perdre bientôt le fruit de vos nobles efforts. N’imaginez pas que les lois les mieux combinées puissent faire un ignorant l’égal de l’homme habile et rendre libre celui qui est esclave des préjugés. (…) Les institutions les plus justes, les vertus les plus pures ne sont, pour la corruption, que des instruments plus difficiles à manier, mais plus sûrs et plus puissants. Or, tout son pouvoir n’est-il pas fondé sur l’ignorance ? Que ferait-elle en effet si la raison du peuple, une fois formée, pouvait le défendre contre les charlatans que l’on paye pour le tromper ; si l’erreur n’attachait plus à la voix du fourbe habile un troupeau docile de stupides prosélytes ; si les préjugés, répandant un voile perfide sur toutes les vérités, n’abandonnaient pas à l’adresse des sophistes l’empire de l’opinion ? »